Les trois soeurs (244)

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  • Le samedi, 25 Novembre 2017
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Elle avait déjà été utilisée par Simon Stone dans Ibsen Huis cette maison qui pivote sur elle-même, métaphore d’un globe terrestre, élément central d’une scénographie brillante qui divise la pièce en petites lucarnes, comme si une caméra zoomait les différents épisodes d’une série télé. Dans la maison du père disparu, les trois sœurs, le frère et toute leur bande se retrouvent pour des vacances, un Noël et le final de cette ronde tragique. 
Simon Stone a réécrit Tchekhov, certains crient à la captation d’héritage mais la modernité et la puissance du dramaturge russe autorisent un tel détournement. Le texte du jeune metteur en scène australien éclaire le temps présent, c’est sa liberté ; il démontre que la trame imaginée par Tchekhov est toujours opérante, c’est sa fidélité. 
Ces enfants terribles ne sont pas cloîtrés dans une province russe, ils rêvent de Paris, New-York ou San Francisco. Ils parlent en jonglant avec un ballon quand il faudrait se concentrer, ils jouent à la PlayStation quand il faudrait faire l’amour. Ils peuvent fétichiser l’existence à coups de robots ultra-perfectionnés, il ne sert à rien de couper de très fines tranches de jambon quand le vegan s’impose. Aucune marchandise n’apportera la félicité puisque le désir est toujours ailleurs. Aucune application ne délivrera personne de ses pesanteurs, ni Olga de sa solitude d’aînée, ni Macha de son désespoir d’amoureuse inconsolée, ni Irina de ses inconstances, ni André de ses addiction artificielles. 
Au troisième acte, l’agitation stérile d’un XXIe siècle artificiellement intelligent a cessé. Les comédiens, tous magnifiques, sont seuls et désemparés face à leur détresse fondamentale. Et pourtant elle tourne cette maison hantée, mais chaque révolution la ramène à son point de départ. Donc au génie de Tchekhov, c’est l’ultime hommage de Simon Stone. 


Patrice Trapier
 

Les Trois Sœurs, un spectacle de Simon Stone d’après Anton Tchekhov, avec Amira Casar, Céline Sallette, Eloïse Mignon, Eric Caravaca, Frédéric Pierrot, Jean-Baptiste Anoumon, Laurent Papot… (photo Thierry Depagne) 
Odéon Théâtre de l’Europe, 2 rue Corneille 75006 Paris, 01 44 85 40 40

jusqu’au 22 décembre

Source Théâtral Magazine


 

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