Blog (325 Billets)

La ménagerie de verre, au théâtre de Poche (325)

Cristiana Reali qui a joué M'man de Fabrice Melquiot interprète une autre mère de choix : Amanda, la génitrice de La Ménagerie de verre, une pièce de Tennessee Williams inspirée de sa sœur handicapée et de leur mère abusive qui la fit interner.  "Je n’ai jamais vu la pièce montée, mais plusieurs extraits de films”, précise l’actrice pimpante. Si elle a accepté ce nouveau rôle de mère, c’est parce qu’elle “adore” l’auteur dont elle a déjà joué La Chatte sur un toit brûlant et La Rose tatouée“C’est un théâtre qui me va bien, confie-t-elle. L’important est de rendre cette famille crédible”. A la demande d’Amanda, son fils Tom (Charles Templon) invite Jim O'Connor (Félix Beaupérin), un prétendant pour sa soeur, Laura (Ophélia Kolb), malheureuse qui collectionne de petits animaux en verre soufflé...

 

La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams, mise en scène Charlotte Rondelez, avec Cristiana Reali, Charles Templon, Ophélia Kolb et Félix Beaupérin. 
Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 bd du Montparnasse 75006 Paris, 01 45 44 50 21

à partir du 4 septembre


 

Le dernier homme (324)

La pièce de Julien Gélas est brillante. Comme lui. Ce jeune auteur, philosophe, musicien, surdiplômé a écrit et mis en scène un monologue de science-fiction captivant et l’a confié au jeu très sûr et soigné de Paul Camus. D’une voie rocailleuse et sonnante, le comédien raconte comment la découverte de sa vie a mit le feu à la paix et à la terre. Son invention a aboli la communication entre les hommes, provoqué des conflits géopolitiques et entrainé la perte de l’humanité. Seul survivant de la planète après la disparition de tous, perdu dans un chaos que le décor restitue parfaitement, il vit comme une peine supplémentaire d’être devenu immortel. La peine maximum. Cette perpétuité du principe vital vécu dans la solitude fait de cet homme le dernier de la planète. Il ne vieillit plus, et la mort qu’il essaye de convoquer ne peut rien sur lui.
« Ecarté du cycle de la vie ». C’est ce qu’il dit de lui au terme d’un numéro d’acteur robuste baigné d’un halo de lumière jaunâtre qui le prend à rebours et découpe sa silhouette de manière fantomatique. Des gestes, des cris, des appels ; dans cet environnement de désolation, le héros se livre à l’étude des sciences que l’humanité à laissé, il se passionne, cherche à comprendre dans sa propre histoire le pourquoi et le comment. S’il est toujours intéressant de suivre un auteur dans une réflexion spéculative, le texte du Dernier homme nous fait rêver, nous inquiète et nous tient en haleine. Une pièce que l’on remarque.
 

François Varlin 

 

Le Dernier homme
Écrit et mis en scène par Julien Gelas. Avec Paul Camus
Avignon, Théâtre du Chêne Noir 

du 6 au 29 juillet 2018 à 14h45
Relâches les lundis 9, 16 et 23 juillet
Durée : 1h15, 04 90 86 74 87

www.chenenoir.fr


 

J'aime Valentine mais bon... (323)

 

Pour la seconde fois Rudy applique la recette Milstein ! Ce mec est un smiley vivant. Un « lol » permanent. Fort de son personnage de gentil gaffeur qu’il avait installé avec son premier spectacle Les Malheurs de Rudy, Rudy Milstein signe et joue une nouvelle pièce tout aussi efficace et moderne. Il renoue avec les habits de l’antihéros désarmant se baladant dans la vie sourire aux lèvres et continuellement tenaillé de contradictions pour s’attirer notre sympathie, gagner notre clémence et nous mettre dans sa poche. Rudy raconte la vie sentimentale de son nouveau héros Idal avec Valentine, ses hauts et ses bas, sa judéité et la difficulté de l’affirmer, ses projets d’avenir… Un peu looser, un peu dragueur, en peine avec sa réalité, il nous prend à partie dans de multiples apartés qui ponctuent les dialogues cadencés et très drôles. A ses cotés, on retrouve avec plaisir toute la force comique d’Agnès Miguras (la compagne) et Farid Bouzenad (l’ex de la compagne). Leur trio parle de cette bombe à retardement que nourrit la vie à deux, les difficiles lâcher prise pour avancer dans la vie, tout en filant sur le tranchant délicat des préjugés racistes. Dans un décor d’appartement en kit modulable, volontairement bancal comme les personnages, la mise en scène habile de Mikael Chirinian ne cède jamais à la facilité. Elle fait se succéder les situations en un éclair pour nous emporter dans une mesure qui ne faiblit jamais.  Une comédie sans détours qui dépasse le divertissement pur et est aussi touchante.
 

François Varlin

J’aime Valentine mais bon…
De Rudy Milstein. Mise en scène Mikaël Chirinian. Avec : Rudy Milstein, Agnès Miguras, Farid Bouzenad.
Avignon, Théâtre du Chêne Noir du 6 au 29 juillet à 12h45
Relâches les lundis 9, 16 et 23 juillet
Durée : 1h20
04 90 86 74 87
www.chenenoir.fr 


 

Manon Kneusé (322)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manon Kneusé est une comédienne gourmande et en appétit. Elle passe en scène comme on passerait à table. Avec l’envie d’en bouffer ! Belle plante, elle proclame vaillamment ses mensurations d’une voix claironnante. Saute sur un vélo d’appartement et pédale à tout va. Pour aller où ? Dans la vie pardi ! Car son personnage de Cassandre Archambault, dont elle carillonne le nom et la date de naissance à qui veut l’entendre, est une sacrée optimiste. Elle répète que la vie est belle, que le chaos ne la mettra pas KO, défie l’avenir. La comédienne est directe, incisive, s’affirme dans ce monologue avec énergie. En pleine poussée narcissique son personnage se regarde vivre, étudie son corps sous toutes les coutures, en prend les mesures pour se mesurer à la vie. Le texte de Nathalie Fillon est culotté, il questionne notre époque avec impertinence et la juge ; la mise en scène qu’elle en fait est décomplexée entre un vélo et un broc d’eau. Parce que ce texte est écrit pour cette comédienne-là et pas une autre, il porte l’élégance du sur mesure et de la haute couture. Qu’importe s’il nous dépasse, comme une robe de grand couturier nous semble immettable dans la rue, il est. La comédienne, le porte, le vit, s’offre à nous nue de corps et habillée de mots. L’impulsion est forte, le développement puissant – quoiqu’un peu saoulant. Etonnant.

François Varlin

Plus grand que moi
Texte et mise en scène Nathalie Fillon. Avec Manon Kneusé & la voix de Sylvain Creuzevault 
Avignon, Théâtre des Halles, du 6 au 29 juillet à 17h, Relâches : 9, 16 et 23 juillet 
Durée : 1h

04 32 76 24 51 
www.theatredeshalles.com 


 

Théodore Monod (321)

Théodore André Monod, né le  à Rouen et mort le  à Versailles, est un scientifique naturalistebiologisteexplorateurérudit et humaniste français. Il est « le grand spécialiste français des déserts », « l'un des plus grands spécialistes du Sahara au xxe siècle » et « bon nombre de ses 1 200 publications sont considérées comme des œuvres de référence ».

Pour Jean Dorst, Théodore Monod « a été bien plus qu'un savant naturaliste à la curiosité toujours en éveil. C'était un humaniste au vrai sens du terme, un penseur, un philosophe et un théologien. »

Descendant d'une lignée paternelle de cinq pasteurs protestants, il est le fils de Dorina et Wilfred Monod, fondateur de la fraternité spirituelle des Veilleurs. Il a trois frères, Gabriel (mort-né en 1892), Maximilien Vox et Sylvain (né en 1896), et il est l'oncle de Sylvère Monod.

En 1907, sa famille s'installe rue du Cardinal-Lemoine à Paris lorsque son père est nommé pasteur de la paroisse de l’Oratoire du Louvre. Dès l'âge de 5 ans, ses parents qui habitent sur la colline Sainte-Geneviève l'emmènent visiter la Ménagerie et le Jardin des plantes, faisant naître sa vocation de naturaliste. À 16 ans il fonde une Société d'histoire naturelle qui édite un bulletin et a quatre adhérents dont André Gide. Il réalise ses études secondaires à l'École alsacienne et, étudiant à la Sorbonne, il prépare sa licence-ès-sciences naturelles en 1920 , est alors nommé naturaliste pour la croisière océanographique à bord du Mistral ; c'est à cette occasion qu'il croise Bénard le Pontois qui l'initie à l'archéologie. Puis devient à 20 ans assistant stagiaire au laboratoire des pêches et productions coloniales d'origine animale au Muséum national d'histoire naturelle. C'est à ce titre qu'il effectue en 1922 une mission d'étude océanographique et de biologie marine à Port-Étienne sur les côtes de Mauritanie (étude des phoques moines dans la presqu'île du Cap Blanc). Sa première méharée lui donne la passion du désert, surtout du Sahara qu'il arpentera pendant plus de soixante ans, à dos de dromadaire, ou à pied, à la recherche notamment d'une météorite mythique. Ce faisant, il découvrira de nombreux sites néolithiques et révélera des espèces végétales dont certaines portent son nom.

Il est titulaire en 1921 d'une licence de sciences naturelles , qui, à l'époque, comportait trois certificats : géologie, zoologie, botanique. Il obtient son doctorat ès sciences en 1926 (thèse soutenue à la Sorbonne intitulée « Contribution à l’étude des Gnathiidae » avec notamment une monographie sur un crustacé isopodeParagnathia formica).

Théodore Monod devient directeur de l'Institut français d'Afrique noire, créé à Dakar en 1936 et qu'il a rejoint en 1938, faisant de cet organisme le plus grand centre scientifique de l’Afrique-Occidentale française.

Il effectue avec Auguste Piccard en 1948 au large de Dakar la première plongée en bathyscaphe, FNRS II. Celle-ci, expérimentale, atteindra la profondeur de 25 mètres. La plongée suivante sera plus probante mais se fera sans Théodore Monod.

Il est professeur au Muséum national d'histoire naturelle de 1946 à 1973, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer en 1949, de l'Académie de marine en 1957, et membre de l'Académie des sciences en 1963.

Au cours de son enfance, Monod se passionne pour tout ce que la nature offre, lisant insatiablement et alimentant ses rêves de découvertes. Après des études de sciences naturelles et une mission océanographique, il entre en 1922 au Muséum d’histoire naturelle comme assistant. Travaillant en Mauritanie, il ressent l’appel du désert, qui démarre peu après la côte de ce pays. Sa vie change : il deviendra le « fou » du désert.

Durant les années 1920, il travaille beaucoup en Afrique. En 1927, il est choisi pour participer à une expédition scientifique à travers le Sahara, d’Alger à Dakar via Tombouctou. Au cours de cette première expédition, il recueille une foule d’échantillons de plantes et de minéraux, qui vont l’occuper pendant des années au Muséum et découvre en 1927 à Essoukau Mali le squelette de l'homme d'Asselar — datant du tout début de l'Holocène entre -10 000 et -7 500 ans BP10 — dont le crâne atteste de façon certaine des caractères négroïdes. Au Sénégal, il a comme collaborateur Armand-Pierre Angrand, chercheur et ex maire des villes de Gorée et Dakar pour lequel il écrit l'avant-propos de son livre Manuel français-wolof. En 1928-1929, il est appelé à faire son service militaire, ce qu’il craint un peu, étant déjà antimilitariste et pacifiste. Affecté dans une unité saharienne (chamelier de deuxième classe dans la Compagnie saharienne), il en profite pour poursuivre ses recherches.

En 1930, il épouse Olga Pickova (née le 12 janvier 1900 et décédée le 26 juillet 1980), une jeune juive d’origine tchèque, avec qui il aura trois enfants : Cyrille, Béatrice, Ambroise.

En 1934, il part pour Chinguetti à la recherche d’une mystérieuse météorite (qui sera également une des quêtes de la fin de sa vie). Il part aussi pour explorer le Tanezrouft, une zone encore inconnue du Sahara. En 1938, il s’installe avec sa famille à Dakar, où il est mobilisé en 1939 au Tchad. De retour à Dakar, il milite contre la collaboration de Vichy et le racisme nazi au travers de chroniques radiophoniques, d'octobre 1940 à octobre 1941. Ces chroniques à Radio-Dakar ont été rassemblées en 1942 dans un recueil intitulé « L'Hippopotame et le Philosophe ». Il y défend des positions fermement antiracistes, pacifistes et écologistes, qui seront censurées par le gouvernement de Vichy. Il anime un groupe lié à la France libre et accueille De Gaulle en 1944. Mais son père, resté en France, meurt à la même époque et toute la famille de sa femme est déportée : il n’y aura aucun survivant.

Se contentant de peu pour survivre et doté d’une endurance exceptionnelle, doué aussi d'une inextinguible curiosité, Théodore Monod a mené plusieurs grandes missions d'exploration dans des régions du Sahara encore peu connues et il apparait comme l'un des grands explorateurs du Sahara au xxe siècle. Après sa première expérience saharienne, une méharée entre Port-Étienne (Nouadhibou) et Saint-Louis en 1923, il est attaché comme naturaliste à la mission Augiéras-Draper entre Tamanrasset et Tombouctou en 1927-28. Il part ensuite faire son service militaire dans l'Adrar Ahnet en 1929 comme saharien de 2e classe dans la compagnie du Tidikelt-Hoggar. Ce séjour dans l'Adrar Ahnet, au cours duquel Monod multiplie les observations géologiques et préhistoriques, donnera lieu à deux publications scientifiques au retour. De mars 1934 à juin 1935, il organise une expédition de grande envergure dans tout l'ouest saharien au cours de laquelle il visite pour la première fois le Guelb er Richat dans le massif de l'Adrar de Mauritanie (7 juillet 1934). Il est le premier à explorer cette extraordinaire formation topographique où il reviendra sans cesse tout au long de sa carrière saharienne (il publiera une monographie sur cette formation avec Charles Pomerol en 1973).

Après cette très longue expédition, il revient au Sahara pour une nouvelle exploration : la traversée, par deux fois, du Tanezrouft avec le lieutenant Brandstetter (1936). Dans Méharées (1937), il écrit à propos du Tanezrouft qu'il fallait « aller voir ce qu'il y a dedans, et s'il n'y a rien, aller voir qu'il n'y a rien, de façon à en être sûr ». Au début de la guerre, il passe dix mois dans le Tibesti pour une mission de renseignement (1939-1940). Entre 1953 et 1964, il organise six expéditions au long cours dans la Majabat al Koubra, immense espace couvert de sable entre la Mauritanie et le Mali, grand comme la moitié de la France et où, écrit-il, « personne n'est venu depuis le Néolithique ». Ce sont à chaque fois des expéditions légères (2 chameliers, 5 chameaux) pour des traversées terriblement éprouvantes de plusieurs centaines de kilomètres sans points d'eau. La fin des années 1960 et les années 1970 et 1980 seront consacrées à de multiples voyages, parfois hors du Sahara (Iran et Yémen par exemple). À partir de 1980, ce sera le temps du Désert Libyque (11 missions) où il s'intéresse à la question du verre libyque. À l’âge de 91 ans, il eut l’idée de repartir une dernière fois dans la Majabat al Koubra pour une méharée qui se déroula en décembre 1993 et janvier 1994  : « Vu de l’extérieur, il ne paraissait pas extrêmement raisonnable, dirons-nous, qu’un voyage de ce type soit entrepris par un vieillard de quatre-vingt-onze ans et qui voit mal. Le dernier point est secondaire puisque les pieds sont encore valides mais ces pieds marchent de façon un peu ralentie ». Cette expédition se termina le 9 janvier 1994 à Ouadane et ce jour-là, Théodore Monod descendit pour la dernière fois de chameau. Le dernier de ses 124 voyages aura lieu en décembre 1998, pendant 15 jours, dans son "diocèse" de l'Adrar de Mauritanie (Guelb er Richat et El Beyyed). Il était alors âgé de 96 ans (voir la photographie en haut de page).

Toute cette époque est aussi marquée par l’amitié qui le lie à Louis Massignon, grand orientaliste et humaniste, disciple de Gandhi pour la non-violence, qui nouera un dialogue riche et fructueux avec Monod. Une autre grande amitié de Monod fut celle avec l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, disciple de Tierno Bokar dans la confrérie de la Tidjaniya à Bandiagara, qu'il fera entrer à l'IFAN en 1942. Théodore Monod entretiendra aussi une relation épistolaire suivie, après la guerre, avec le paléontologue jésuite Pierre Teilhard de Chardin, tout particulièrement sur la question de la relation entre la foi et la science.

Dans les années 1960, toujours fidèle à ses engagements, il manifeste contre la guerre d’Algérie. Ensuite, tout en se consacrant toujours à ses travaux et ses voyages, il jeûne chaque année devant la base militaire de Taverny, entre le 6 et le 9 août (les dates anniversaires des bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki) en protestation contre l’arme nucléaire.

Travailleur de la science et de la nature pendant plus de 70 ans, il gagne une soudaine et tardive notoriété à la fin des années 1980, à la suite de la diffusion à la télévision en 1989 du film de Karel Prokop : Le vieil homme et le désert (tourné lors d'un voyage dans l'Adrar de Mauritanie en mars 1988). L'année 1989 est aussi celle de la réédition de Méharéespar les éditions Actes sud.

Il a consacré la fin de sa vie à mettre en accord sa foi chrétienne et son combat humaniste pour la dignité humaine. Comme l’écrit Roger Cans : « On le voyait marcher au premier rang des manifestants qui protestaient contre la bombe atomique, l'apartheid, l'exclusion. Il militait contre tout ce qui, selon lui, menace ou dégrade l'homme : la guerre, la corrida, la chasse, l'alcool, le tabac, la violence faite aux humbles. Son credo : le respect de la vie sous toutes ses formes. »

Il tenait cette passion pour le respect de la vie (qui donnera le titre d'un livre d'entretien paru en 1999 : Révérence à la vie) des échanges épistolaires qu'il avait entretenus avec Albert Schweitzer et de l'admiration qu'il portait à l'homme de Lambaréné. Théodore Monod fut aussi le président du comité scientifique ProAnima, qui milite pour une science avec conscience, contre l'expérimentation animale. Il restera à ce poste jusqu'à sa disparition.

Théodore Monod était protestant du courant libéralunitarien et paroissien à l'Oratoire du Louvre. Il s'est également reconnu dans l'anarchisme chrétien. Naturaliste de formation mais aussi de conviction, Théodore Monod était un écologiste avant la lettre.

Il ne dissocia pas pour autant l'humain de ses préoccupations et le plaça même au cœur de ses pensées et de ses actions. Dans la seconde moitié du xxe siècle, il prit part aux mouvements antinucléaire, antimilitariste, non violent, de défense des Droits de l'homme, de l'animal (c'était un végétarien engagé contre la corrida, la chasse, la vivisection, etc.) et de la vie, en manifestant toujours une exigence, forgée par une grande noblesse de cœur.

En 1960 il signe le manifeste des 121 pour soutenir les insoumis durant la guerre d'Algérie ; il dit alors : « Bien que fonctionnaire, je persiste à tort ou à raison, à me considérer comme un homme libre, d'ailleurs si j'ai vendu à l'État une part de mon activité cérébrale, je ne lui ai livré ni mon cœur, ni mon âme… Et c'est en réalité rendre service à César lui-même que de savoir parfois, le regardant droit dans les yeux, lui dire non. Cela peut l'amener à réfléchir car César aussi a une âme. »

De 1916 à 2000, il a publié 1 881 volumes, synthèses, articles, mémoires, dont près de 700 consacrés aux sciences de la nature et il a récolté 20 671 échantillons au cours de ses voyages.

Deux genres et trente-cinq espèces végétales, huit genres et 130 espèces animales sont dédiés à Théodore Monod. On peut entre autres retenir une fleur de la famille des gentianacées, la Monodiella flexuosa.

Il a appartenu au comité d'honneur du Cercle national pour la défense de la vie, lié au Front national et fondé en 1985.

Frère du graphiste et typographe Maximilien Vox, oncle de l'angliciste Sylvère Monod et de l'universitaire et personnalité du monde du théâtre Richard Monod, Théodore Monod a des liens de parenté avec Jacques Monod (1910-1976), biologiste et chimiste, le musicien Jacques-Louis Monod (né en 1927), Jérôme Monod (1930-2016), homme politique, et Jean-Luc Godard (né en 1930), réalisateur de cinéma, liens qui sont retracés et schématisés dans l'article descendance de Jean Monod (1765-1836). Il est l'arrière-grand-oncle de la skieuse Raphaëlle Monod.


 

Avignon In OVNI(S) Logique de fous (320)

Ne comptez pas trop sur eux pour vous parler soucoupes volantes, petits hommes verts ou vaisseau spatial… A la limite, leurs Objets Volants Non Identifiés ne sont pas des objets à proprement parler, mais des ressentis. Les témoignages que rapportent ces cinq comédiens sont en effet plus de l’ordre de l’expérience d’un moment de vie troublant que des rencontres du troisième type, et l’auteur s’explique au début de la pièce sur le comment de sa sélection de récits extraordinaires. A la cool, une fille raconte son expérience de sécurité absolue à la suite d’un flash vécu dans un café, un mec parle de ce moment de silence total ressenti tandis qu’il buvait une bière sur son balcon, un troisième conte ce qu’il a vécu en enlaçant un arbre au cœur de la forêt… Dans un jeu plus que spontané, nature même – sans filtre, comme on dit ! – ces témoins analysent scientifiquement, rigoureusement, méthodologiquement leur délire. Avec une logique décomplexée.
Le plateau est à la fois nu et encombré, comme leurs pensées. Des micros, des projecteurs, une console de régie son, un bric-à-brac de trucs de cinéma car le projet initialement destiné à devenir un film a été finalement abandonné au théâtre. Les propos sont décontractés bien que fébriles, décalés, donnant prise à de petits jeux de scène comiques. Les objets bougent, les lumières vacillent, on est ici chez ceux qui ont vécu l’indicible et s’essayent à le dire. Tout cela est un peu lâché sans raison, mais pourquoi pas ? Les interprètes du Collectif ildi ! eldi sont parfaits et tellement crédibles. Ce sont presque eux… les OVNIS !
 

OVNI(S), pièce originale OVNI de Ivan Viripaev, texte de Jérôme Game, avec Alexandra Castellon, Sophie Cattani, Grégoire Monsaingeon, Antoine Oppenheim, Michaël Pas. Mise en scène et jeu Alexandra Castellon, Sophie Cattani, Grégoire Monsaingeon, Antoine Oppenheim, Michaël Pas. Musique Chloé Thévenin. Scénographie Katrijn Baeten, Saskia Louwaard. Lumière Ludovic Bouaud. Son Benjamin Furbacco. Photo C_Jopenheim
Avignon, Théâtre Benoit XII, durée 1h30, 04 90 14 14 14

du 7 au 11 juillet


 

Avignon Off Moi papa ? (319)

On ne l’attendait pas dans un seul en scène. Arthur Jugnot explore pourtant courageusement les grandeurs et misères du métier de père. Sans partenaires ou presque… Grâce à une scénographie mêlant cinéma et décor de théâtre, Papa et Maman dialoguent et recréent pour nous l’histoire qui les a conduit a devenir parents. Jugnot va au charbon et écorche le mythe de la paternité à grands coups de dents : les femmes enceintes sont insupportables, les accouchements dantesques, les voyages en avion avec des poussettes épiques… Pendant ce temps bébé pleure et repleure, régurgite ou se paye une gastro. Un texte fleuve ponctué d’effets visuels, de tours de magie, de surprises jaillies de ce décor à trappes et à tiroirs. Le jeune papa trentenaire se livre un peu, joue de son capital sympathie, souligne le tout de ses yeux rieurs, et orchestre la symphonie d’images et de sons mise au point par Sébastien Azzopardi. Un abattage réel, mi râleur mi rigolard, très déconneur. On l’aura compris, Arthur Jugnot aussi nouveau dans le métier de père que de one man show, s’illustre brillamment dans l’un et l’autre.


Moi Papa ? De Bjarni Haukur Thorsson. Adaptation Dominique Deschamps. Mise en scène Sébastien Azzopardi. Avec Arthur Jugnot.
Théâtres des Béliers, 53 rue du Portail Magnanen, 84000 Avignon, 04 90 82 21 07 

du 6 au 29 juillet


 

Avignon Off L’idiot (318)

Un déluge de sentiments violents, démesurés, extravagants s’abat sur le théâtre 14 avec cette magnifique adaptation de L’idiot (1869) de Fiodor Dostoïevski par Thomas le Douarec. Les personnages débordent d’émotion et de sentiments, les situations sont au bord du mélodrame, les retournements de situation presque invraisemblables, et tout cela, au lieu de nous paraître excessif nous touche en plein cœur. 
On connaît l’histoire : le Prince Mychkine, homme pur et bon, incapable de déguiser ses sentiments ou sa pensée, est introduit dans la bonne société de Saint-Petersbourg à son retour de Suisse. Il y fait l’effet d’un chien dans un jeu de quilles. Certains le prennent pour un idiot, d’autres s’aperçoivent de sa bonté. A commencer par Nastassia, la prostituée de luxe, qui le comprend au premier regard : « Je rêvais de quelqu’un qui viendrait et me dirait : tu n’es pas coupable ». Mychkine, est déchiré entre deux femmes, Nastassia (aux somptueuses robes écarlates) et Aglaé, une jeune fille de bonne famille (aux robes blanches avec un liseré rose) qui va dévoiler petit à petit les épines de son caractère. Petit à petit la bonté de Mychkine se révèle catastrophique. « Si ça se trouve ta pitié est encore bien pire que mon amour » lui dit son « frère » Rogojine. L’émotion ne cesse de monter jusqu’à la scène finale. Arnaud Denis donne au Prince Mychkine une douceur désarmante, enfantine, un peu blessée. Son interprétation est exceptionnelle. 


L’idiot, de Fiodor Dostoïevski, texte adapté et mis en scène par Thomas le Douarec, avec Arnaud Denis, Thomas le Douarec, Caroline Devismes, Fabrice Scott, Marie Lenoir, Marie Oppert, Solenn Mariani, Daniel-Jean Colloredo, Bruno Paviot
Conditions des Soies, 13 rue de la Croix, 84000 Avignon, 04 90 22 48 43

du 6 au 29 juillet


 

Avignon In Thyeste (317)

Après avoir marqué l’édition de 2014 avec le spectacle feuilletonnant Henry VI de Shakespeare, le jeune metteur en scène rouannais de 36 ans se voit confier les rênes de la Cour d’Honneur ; une véritable consécration. Il y met en scène Thyeste de Sénèque, une tragédie d’une violence incomparable qu’il conçoit entièrement pour ce lieu à la fois sublime et exigeant. Thyeste raconte "la rivalité entre deux frères, Atrée et Thyeste, et la vengeance du premier sur le second. Contrairement, aux pièces historiques de Shakespeare que j’ai mises en scène et qui résonnaient fortement avec l’actualité, les tragédies de Sénèque ont une dimension immédiatement mythologique. Elles sont empathiques avant d’être politiques et philosophiques. Et comme tous les mythes, elles sont à la fois actuelles et hors du temps, comme un moteur immobile."

Thyeste, de Sénèque, mise en scène par Thomas Jolly, avec Damien Avice, Eric Challier, Emeline Frémont, Thomas Jolly, Annie Mercier, Charline Porrone, Lamya Regragui… Festival d’Avignon, Palais des Papes, Place du Palais, 84000 Avignon, 04 90 14 14 14, du 6 au 15/07. Puis, en tournée.


 

OPERAPORNO (316)

    OPERAPORNO est à l'affiche du théâtre du Gymnase, à Marseille, avant le Rond-Point, à Paris. C'est de l'opéra car toute cette famille chante, c'est du porno car les personnages sont des obsédés sexuels de toute sorte, que les situations ont toutes à voir avec le sexe, que tous les tabous ou presque y sont explorés. Mais ce n'est pas du porno car les actes, nombreux, y sont simulés. Shocking ?

Dans OPERAPORNO, tous les gens sont de saillie ! Ici, on ne fait pas l'amour, pour rester dans l'esprit de l'œuvre : "On baise." Dans cette famille pas très ordinaire, on n'a qu'une obsession : copuler avec celui ou celle qui passe à la portée, qu'il s'agisse de la grand-mère, du fils, de la belle-mère et même, ô sacrilège, de l'épouse (évidemment nymphomane) ! Dans ce lumpenprolétariat du sexe, peu importe la morale pourvu qu'on ait la jouissance ! Alors la "famille tuyau de poêle", ainsi que Prévert avait joliment nommé ce genre de rapport familiaux dans une de ses pièces, s'en donne à cœur joie et le cul ne reste pas longtemps sur la commode. Une oeuvre signée  Pierre Guillois qui en assure aussi la mise en scène.

On n'est pas loin d'une version grivoise (le mot est faible) des Deschiens ou des Bodin's. On peut considérer le tout comme un gros gag ou comme un coup de bélier dans la bienpensance. Le public, en tout cas, doit être averti de ce qui l'attend sous peine d'être sincèrement choqué, puisque c'est le propos.

Résultat de recherche d'images pour "operaporno"


 

Le songe d'une nuit d'été (315)

aff.songe-nuit.jpg

http://www.lucernaire.fr/

 CREATION LUCERNAIRE

DU 20 JUIN au 8 JUILLET 2018

 A 19h du mardi au samedi, dimanche à 16h

 puis,

 DU 11 JUILLET au 26 AOUT 2018 à 19H du MERCREDI au SAMEDI, DIMANCHE à 16h

THEATRE ROUGE, durée : 1h25

 

Adaptation : Philippe PERSON 

Mise en scène : Florence LE CORRE & Philippe PERSON 

par le COLLECTIF MEME SERVICE 

2ème PROMOTION de l'ECOLE d'ART DRAMATIQUE du LUCERNAIRE

Le Songe.jpg

 Heureuse initiative que d'avoir choisi cette pièce ô combien ludique du grand Will pour aborder l'été et qui - mieux que de jeunes comédiens - eussent été à même de jouer ces personnages avec tout l'enthousiasme lié à leur âge ? …

Le décor est agréable à voir. Or l'esthétisme est devenu rarissime à notre époque où il semble le plus souvent que le simple bon goût s'étiole. Bravo à Vincent Blot pour ces feuillages peints de façon aussi superbe qu'onirique !

La pièce habilement réduite dans la durée par Philippe Person

( disons qu'il en a extrait la quintessence ) impose d'emblée son rythme par le biais d'une danse où les personnages arborent des masques d'animaux.

Ici les amoureux ne se battent pas en duel mais avec humour effectuent des pompes et autres cavalcades afin de rivaliser de virilité tandis que les femmes se déplacent joyeusement.

Nuit d'été.jpg

( photos : Jennifer Guillet )

Je ne vais certes pas vous faire l'injure de raconter ici le déroulement de cette pièce qui est peut-être la plus jouée du répertoire shakespearien puisque susceptible d'inspirer à coup sûr, les metteurs en scène qui, grâce à ce thème ne peuvent que rivaliser d'imagination.

Derrière la fable se greffe une réflexion sur le théâtre quand au milieu de l'action une troupe constituée d'amateurs fait son apparition en un " théâtre dans le théâtre " démarche que Shakespeare affectionnait. ( se souvenir de ces comédiens ambulants qui servirent les desseins d'Hamlet )

C'est donc à une joyeuse représentation où vous êtes tous conviés laquelle vous fera découvrir les espoirs de demain car n'en doutons pas, si la persévérance s'allie aux dispositions de chacun, la relève est d'évidence assurée, l'Ecole d'Art dramatique du Lucernaire faisant une fois de plus ses preuves ici, grâce aux soins conjugués de Florence le Corre et de Philippe Person.

avec, Zoé Bensimon, Léonard Ballesteros, Lucas Bottini, Jordan Brandao Rodrigues, Cindy del Salto Vitery, Florian Edet, Eléna El Ghaoui, Jennifer Guillet, Bénédicte Fantin, Elodie Fischlenski, Manon Hincker, Florine Leleu, Angéliqua Louis, Thomas Modeste, Juliette Ramirez, Alice Serfati, Lolilla Siourd.

Musique originale : Manon Hincker

Simone Alexandre


La Conférence des Oiseaux (314)

Excellent directeur de la Comédie de l’Est, à Colmar, Guy-Pierre Couleau arrivera en fin de mandat à la fin de l’année. Il rêve d’un autre lieu mais, dans l’immédiat, met en scène l’un des événements du Printemps des Comédiens, La Conférence des oiseaux, à Montpellier, spectacle qui sera repris à Colmar à la rentrée et fera une longue tournée. "Après Le Songe d’une nuit d’été, je ne voulais plus d’une grande dramaturgie, plutôt un chemin de traverse, un sentier inconnu par rapport aux grandes routes. J’ai lu 45 pièces, qui ne correspondaient pas à ce désir, puis je suis tombé sur ce texte dont, lycéen, j’avais vu la création par Peter Brook mais dont j’avais peu de souvenirs. C’est une pièce qui parle si bien de la connaissance des autres et de soi-même ! J’en ai parlé à Jean Varela, qui dirige le Printemps des Comédiens et qui voulait que je vienne à son festival. Il m’a programmé sur huit soirs. Et j’ai rencontré Jean-Claude Carrière, qui a adapté le texte et avec qui je corresponds régulièrement tout au long de cette préparation."

  La Conférence des oiseaux, récit théâtral de Jean-Claude Carrière, inspiré par le poème de Farid Uddin Attar « Manteq Ol-Teyr », mise en scène de Guy-Pierre Couleau. Avec Manon Allouch, Nathalie Duong, Cécile Fontaine, Carolina Pecheny, Jessica Vedel, Emil Abossolo M’Bo, Luc-Antoine Diquero, François Kergourlay, Shahrokh Moshkin Ghalam, Nils Öhlund (photo @ Serena-Carone)

Printemps des Comédiens, Domaine d’O, 34000 Montpellier, 04 67 63 66 67, du 22 au 30/06

puis à Colmar et en tournée