Chant déshonneur 1.2.3

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Le chant du déshonneur

Volet n°1 – Hiroshima

 

Pièce de théâtre courte

 

Drame

 

Une jeune femme japonaise, un prêtre catholique, un prix Nobel de physique et un pilote de bombardier se réunissent. La jeune femme japonaise accuse le pilote du bombardier de l’avoir assassinée. Huis clos sur la bombe atomique larguée sur Hiroshima.

                                                               

Les personnages :

Kioko

Henri Grouès – L’Abbé Pierre  

Maria Skłodowska – Marie Curie

Paul Tibbets  

Durée approximative : 30 minutes

 

Les quatre personnages arrivent sur scène, lentement, les uns après les autres.

 

Scène 1

Kioko (s’adresse à l’Abbé Pierre) – Tu es qui toi, une célébrité ?

Abbé Pierre – Moi ? Non pas vraiment, même si j’ai été connu de mon vivant, je ne me considère pas de la sorte.

Marie Curie – Moi j’en suis une, une véritable.

Kioko – Une véritable quoi ?

Marie Curie – Une véritable personnalité bien entendu.

Kioko – Ah bon ! Je ne te connais pas, c’est quoi ton nom ?

Marie Curie – Maria Skłodowska.

Kioko – Ça ne me dit rien. Tu es quoi une actrice, une chanteuse ? C’est quoi ton nom de scène ?

Marie Curie – Mon nom de scène ? C’est quoi un nom de scène ?

Kioko – Ton pseudonyme si tu préfères.

Marie Curie – Ah ça ! J’ai obtenu le prix Nobel de chimie en 1911, sous le nom de Marie Curie.

Kioko – Alors tu es dans le même état que moi.

Marie Curie – De quel état parles-tu ?

Kioko – Toi aussi tu es morte.

Marie Curie – Oui !

Abbé Pierre – Moi aussi je suis mort tu sais.

Paul Tibbets – Moi aussi je le suis.

Kioko (à Paul Tibbets) – Et toi tu es qui ?

Paul Tibbets – Je m’appelle Paul Tibbets.

Kioko – Toi aussi tu as obtenu le prix Nobel ?

Paul Tibbets – Non, moi j’ai obtenu la croix pour service distingué.

Marie Curie (à Paul Tibbets)Si tu as eu une croix tu dois être un homme d’église alors ? 

Paul Tibbets – Pas du tout, j’étais militaire.

Kioko (à l’Abbé Pierre) – Pourquoi sommes-nous là, qu’est-ce qui peut nous réunir ?

Abbé Pierre – Je le sais bien, tout le monde le sait, tout être vivant doit mourir un jour. Personne ne peut échapper à cet inexorable instant du dernier voyage vers la destination finale. Vous savez tous ici de quoi je parle, bien évidemment. C’est la mort qui nous réunit.

Kioko – J’ai une question à poser ?

Abbé Pierre – Qui es-tu ? 

Kioko – Je m’appelle Kioko.

Paul Tibbets – Tu es japonaise ?

Kioko – Oui, je suis japonaise.

Marie Curie (à l’Abbé Pierre)Et toi tu ne t’es pas présenté, qui es-tu donc ?

Abbé Pierre – Je m’appelle Henri Grouès.

Kioko – Alors c’est toi le chanteur du groupe ?

Abbé Pierre – Il m’est arrivé de chanter mais pas dans un boys band, je suis un prêtre catholique, je suis l’abbé Pierre.

Paul Tibbets – Et c’est quoi le but de cette petite réunion de gens qui sont morts ?

Kioko (à Paul Tibbets) – Nous sommes tous décédés le même jour, c’est ça la célébration ?

Abbé Pierre – Ce n’est pas ça la cause, mais je crois Kioko que tu peux arrêter de faire semblant.

Kioko – Tu as compris ?

Marie Curie – Qui y a-t-il à comprendre ?

Kioko – Cet homme, ce Paul Tibbets ici présent, c’est lui le responsable de ma mort.  

Paul Tibbets – Mais non c’est faux. Je ne t’avais jamais vu de ma vie avant aujourd’hui, ni de ma mort d’ailleurs.

Kioko – C’est ça ! Joue l’innocent accusé à tort.

Paul Tibbets – Je maintiens,  je ne sais pas qui tu es.

Kioko – Bien sûr !

Paul Tibbets – Mais c’est quoi ce délire, cette femme est une étrangère pour moi. Je ne la connais pas.

Abbé Pierre – Kioko, tu veux bien nous dire quand tu es morte ?

Kioko – Le 6 août 1945.

Abbé Pierre – Et où te trouvais-tu ce jour-là ?

Kioko – À 7 heures 09 l’alarme aérienne s’est déclenchée, alors je me suis réfugiée comme à chaque fois dans l’abri, en sous-sol, et j’y suis restée jusqu’à 7 heures 30, la fin de l’alerte. Ensuite je suis retourné dans ma maison avec mon mari et mon bébé. Il était 8 heures 16 minutes exactement quand la bombe a été larguée sur ma ville, Hiroshima.

Silence

Marie Curie – Mon Dieu ! Quelle horreur !

Abbé Pierre – Oui tu as bien raison de dire que c’était une horreur. Ce jour-là ce n’était pas Dieu, ce n’était pas le destin non plus qui a pris la décision de faire mourir tous ces gens, mais bel et bien la folie des hommes.

 

Le chant du déshonneur

Volet n°2 – À l’ombre de Dora

Pièce de théâtre courte

Drame

 

Une femme, décédée dans un camp de travail allemand témoigne des crimes commis par Werner Von Braun, ancien directeur du centre de vol spatial de la NASA.

 

Les personnages :

(WVB) Werner Von Braun

(I.S.) Instance Supérieure (femme ou homme)

Léna

 

Durée approximative : 15 minutes

 

Scène 1

Werner Von Braun et Instance Supérieure sont sur scène, assis.

 

WVB – Pourquoi ne suis-je plus considéré comme un défunt VIP ? Qu’ai-je donc fait pour ne plus avoir ce privilège ?

I.S. – Oh monsieur Von Braun ! Votre étonnement m’étonne et n’a d’égal que votre arrogance.

WVB – Moi ? Je ne suis pas arrogant, mais tout simplement très surpris de cette injuste décision.

I.S. – Je pense  au contraire que c’est un juste retour des choses, vous avez eu beaucoup de chance lors de votre vie terrestre, pensez-vous avoir mérité cette popularité ?

WVB – J’ai fait tout ce que j’ai pu pour que ma vie soit la plus réussie possible, peut-on m’en blâmer ?

I.S. – Lorsqu’une partie de cette vie a été réalisée à faire souffrir d’autres êtres humains, alors oui, nous pouvons vous en blâmer.

WVB – Quand vous dites une partie de ma vie, je suppose que vous faites allusion à la période où mon pays était en guerre n’est-ce pas ?

I.S. – Ce passage de votre vie a été particulièrement lucratif me semble-t-il !

WVB – Et alors ! J’ai mis mon génie au service de ma nation, vous savez les types en face ont fait exactement la même chose.

I.S. – Vous avez l’air de trouver tout ça normal !

WVB – Le fait de vouloir mettre tous les atouts de notre côté pour gagner la guerre, quoi de plus naturel ?

I.S. – Vous vous considérez comme un bon patriote, c’est bien ça ?

WVB – Mais oui, parfaitement, je suis un bon et dévoué patriote.

I.S. – Tous les moyens employés en temps de guerre pour en être le vainqueur ne sont donc pas condamnables ?

WVB – Absolument, la guerre est une affaire de stratégies et d’intelligence, s’engager à fond pour arriver à ses fins est un acte patriotique glorieux.

I.S. – Vous vous êtes investi dans cette tâche par obligation et non par conviction alors !

WVB – Cette remarque est stupide.                    

I.S. – En quoi est-elle stupide ?                           

WVB – Ce  n’est  pas  moi  qui  ai  déclaré  cette  guerre  que  je  sache ! J’avais donc obligation de défendre mon pays, avec la conviction que nous gagnerions cette fichue guerre.

I.S. – Mais pourtant vous l’avez perdue cette fichue guerre !  

WVB – Mais qui êtes-vous donc pour oser me traiter de cette manière, un(e) quelconque saint(e) qui n’a jamais fait un pas de travers, quelqu’un qui n’aurait absolument rien à se reprocher ?

I.S. – Je représente les Instances Supérieures, et si je me permets de vous juger c’est que j’en ai encore plus le devoir que le droit.

WVB – Laissez-moi rire !

I.S. – Riez monsieur Von Braun, riez ! Ça ne m’empêchera pas de vous dire que tous les privilèges que vous aviez en arrivant ici sont désormais abolis.

WVB – Pourquoi les ai-je obtenus alors ?

I.S. – Je vous assure que s’il n’y avait eu que moi, vous brûleriez en enfer depuis très longtemps.

WVB – Vous savez l’enfer, le paradis, une fois qu’on est mort, quelle importance !

I.S. – Vous jugerez vous–même de la différence.

WVB – C’est surtout vous qui êtes en train de me juger.

I.S. – Oui ! Mais voyez-vous, je suis là pour ça.

WVB – C’est votre job ?

I.S. – En quelque sorte.

WVB – Eh bien pour moi c’est pareil, c’était mon job.

I.S. – Que faisiez-vous au juste ?

WVB – Comme si vous l’ignoriez !

I.S. – Monsieur Von Braun, répondez aux questions.

WVB – Oui c’est bon ! J’étais ingénieur astronautique.

I.S. – Dans quelle entreprise ?

WVB – J’ai travaillé pour la NASA, entre autre.

I.S. – Vous étiez américain alors ?

WVB ne répond pas

I.S. – Toutes les questions sont sujettes à réponse monsieur Von Braun.

WVB – J’ai acquis la nationalité américaine.

I.S. – Êtes-vous allemand de naissance ?

WVB – Oui !

I.S. – En quelle année êtes-vous allé vous installer aux Etats-Unis ?

WVB – En 1945, le 20 septembre 1945.

I.S. – J’aimerais que nous parlions plus particulièrement de la période couvrant les années 30 jusqu’à votre départ, vous vous doutez du pourquoi n’est-ce pas ?

WVB – Parce que vous êtes curieux(se).

I.S. – C’est exact ! Et je désire l’être bien davantage.

WVB – Eh bien, ça promet d’être drôle !

I.S. – Personnellement ce n’est pas le mot que j’aurais choisi. Mais sait-on jamais ! Rire de ça me semble quand même vraiment impossible.

WVB – Vous savez depuis très longtemps j’ai appris à employer le mot impossible avec la plus grande prudence.

Arrivée de Léna

I.S. – Approchez Léna, je vous en prie, asseyez-vous. Vous connaissez monsieur Von Braun n’est-ce pas ?

Léna – Oui !

I.S. – Monsieur Von Braun connaissez-vous cette femme ?

WVB – Non, je ne connais pas cette femme.

I.S. – Léna vous êtes certaine de reconnaître cet homme !

Léna – Bien sûr que je connais cet homme, parce que voyez-vous il est vraiment très difficile d’oublier le visage de celui qui m’a fait travailler comme une esclave jusqu’à ma mort.

Rideau ou obscurité

 

Le chant du déshonneur

Volet n°3 – le Général Abbatucci

 

Pièce de théâtre courte

Drame

 

Le naufrage du Général Abbatucci fait partie de ces innombrables catastrophes insulaires que l’histoire a jetées aux oubliettes. Il est pourtant aisé de se figurer la nuit d’horreur qu’a vécu, au large de Calvi, la centaine de personnes présentes à bord de ce paquebot.

                                                                                                                

Les personnages :

(J.J.) Joas JensenCapitaine du brick norvégien

(I.S.) Instance Supérieure (femme ou homme)  

(F.N.) François NicolaiCapitaine du vapeur le général Abbatucci

(F.V.) Femme victime

 (J.G.) Joseph Griate – rescapé

 

Durée approximative : 15 minutes

 

Instance Supérieure se trouve sur scène quand Jonas Jensen arrive, énervé.

J.J.(brandit une feuille, arrogant) Je peux savoir qui m’a fait parvenir cette injonction ?

I.S.(s’approche de lui et regarde la feuille) C’est moi.

J.J. – Je peux savoir qui vous êtes ?

I.S. – Oui, vous le pouvez. (silence)

J.J. – Ah je vois ! Même chez les défunts nous avons droit à un comique de service.  

I.S. – Ceci est une invitation, merci d’avoir accepté de venir.

J.J. – Accepté ? Bien sûr que j’ai accepté de venir, et vous savez pourquoi ?

I.S. – Oui, je crois.   

J.J. – C’est vous, mais oui c’est ça, c’est vous qui ne m’avez pas laissé le choix.  

I.S. – Je vous assure que je ne peux en aucun cas me soustraire à mes prérogatives.

J.J. – Et quelles sont-elles exactement ces prérogatives ?

I.S. – Entre autres choses, vous demander de venir ici aujourd’hui.

J.J. – C’est cela ! Et pourquoi cette « invitation » je vous prie ?

I.S. – Asseyez-vous, je vais vous présenter une personne, asseyez-vous monsieur Jensen.

J.J.(s’assied) Elle ?  

I.S. – Oui, la personne.                           

J.J. – Ah ! Bien sûr, la personne. C’est vrai que l’avantage lorsqu’on est mort c’est que l’on dispose de l’éternité, n’est-ce pas ?

Arrivée du Capitaine Nicolai

I.S.(se dirige vers lui) Bonjour Capitaine, merci de votre visite.

J.J. – Capitaine ! Capitaine de quoi ?

I.S. – Je ne vous présente pas, vous connaissez le Capitaine Nicolai, inévitablement.

J.J. – Capitaine Nicolai ? Connais pas !

I.S. – Ah bon ? Pourtant vous êtes bien le Capitaine Jensen du voilier, pardon, du brick le Edward Hwidt ?

J.J. – Je l’ai été, en effet. Et alors ?

I.S. – Vous étiez à bord de celui-ci lorsqu’il a percuté le paquebot du Capitaine Nicolai.

J.J. – Possible.

C.N. – Possible ? Bien sûr que c’était vous, lorsque votre brick a éperonné notre vapeur surgissant de l’obscurité sans feu visible. Vous osez dire possible ?

I.S.(sort un document de sa poche, et lit) Le 7 mai 1869, vers deux heures du matin, le paquebot le Général Abbatucci de la compagnie Valéry, allant de Marseille à Civitavecchia, fut abordé par un brick norvégien et sombra après trois heures d’une lutte désespérée. Quarante-neuf passagers et matelots périrent dans ce sinistre épouvantable. Vous en étiez le capitaine monsieur Jensen, vous ne pouvez pas ne pas vous en souvenir.

J.J. – Un accident, un tragique accident.

C.N. – Oui un accident probablement, mais de nombreuses personnes auraient pu être sauvées si vous vous étiez comporté en capitaine responsable.

J.J. – Je n’ai pas de leçon à recevoir de vous, Capitaine.

C.N. – Peut-être pas de leçon mais des règles de bonne conduite en matière de navigation maritime, sûrement, Capitaine.

J.J. – C’est affreux ce qui est arrivé, je ne le conteste pas.

C.N. – Vous n’en avez absolument rien à faire de ce que vous avez provoqué, tous ces gens sont morts à cause de votre incompétence, de votre arrogance, de votre mépris de la vie humaine.

J.J. – Mais vous-même où étiez-vous donc lorsque l’accident s’est produit ?

(silence)

C.N. – Je venais de passer plusieurs longues heures de quart sur la passerelle, j’étais trempé par les embruns alors j’ai rejoint ma cabine pour me changer, c’est à ce moment que j’ai entendu hurler, bâbord toute.

I.S. – Qui a lancé ce cri, Capitaine Nicolai ?

C.N. – C’était la voix terrifiante du second Giacobini, qui trahissait l’imminence d’un danger.

(silence)

I.S. – Ensuite, que s’est-il passé ?

C.N. – Il y eu un bruit sourd du tribord, puis un choc extrêmement violent. (silence) De prime abord, les cloisons étanches de la coque semblaient intactes.

I.S. – Le navire s’est-il arrêté une fois éperonné ?

C.N. – Du tout, il a conservé sa force propulsive entraînant ainsi le brick par son avant, j’espérais le faire changer de direction afin qu’il prenne la même que la nôtre.

J.J. – L’histoire comme ça vous arrange !

C.N. – Je fis stopper la machine et fonctionner le sifflet d’alarme. Sautant sur la passerelle je pus distinguer un gros navire sans feu qui s’éloignait de nous.

I.S. – S’agissait-il du brick Edward Hwidt du Capitaine Jensen ici présent ?

C.N. – Je confirme !  En nous abordant il nous avait fait une grande ouverture, écrasant par la même occasion nos embarcations de secours tribord.             

I.S. – Toutes sauf une si j’en crois le rapport, est-ce exact ?

C.N. – Parfaitement exact.

I.S. – Vous avez précisé un gros navire sans feu qui s’éloignait, pourquoi s’éloignait-il d’après vous ?

 

 

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 17 Juin 2018

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